Allocution du Président du Consistoire de Paris le 29 avril 2003 lors de la Cérémonie du Yom Hashoah à la synagogue Chasseloup-Laubat...
Les églises, les temples protestants, les synagogues commémorent le 58ème anniversaire de la Victoire du 8 mai 1945 et aussi le souvenir de la guerre de 14-18. Cette date coïncide, cette année, avec le YOM HASHOAH décrété par la Maison d’Israël comme journée universelle consacrée au souvenir de nos frères et sœurs exterminés par la Barbarie nazie.
L’enseignement que nous pouvons tirer de ces années noires est double :
d’un côté, la négation de la conscience et de l’autre, l’espérance dans l’homme.
LA NEGATION DE LA CONSCIENCE La guerre de 14-18 avait été particulièrement éprouvante pour la France : un déluge de feu et de sang. La 2ème guerre mondiale a représenté un sommet dans l’horreur et l’abomination avec la mise en place des camps de concentration et d’extermination.
Comment des êtres humains ont-ils pu se comporter comme des bêtes sauvages à l’égard d’autres êtres humains ?
Un seul exemple suffit à illustrer cette barbarie : le calvaire d’enfants orphelins arrachés de leur lit à l’aube, arrêtés comme des criminels par des policiers armés de mitraillettes, terrorisant ces être innocents âgés de 4, 5, 7 ou 8 ans. Oui, il faut imaginer leur calvaire en arrivant à Drancy, puis ce voyage vers l’enfer ; entassés dans le noir dans des wagons à bestiaux, apeurés, assoiffés, hagards et arrivant enfin au camp de la mort d’Auschwitz pour y être exterminés.
Un esprit sain ne peut s’expliquer une telle abomination. Il n’est donc pas étonnant que les nouvelles générations aient du mal à admettre que, par millions, des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards, dont le seul crime était d’être nés juifs, puissent avoir été scientifiquement, administrativement comptabilisés avant d’être gazés, réduits en cendres et exterminés dans des conditions atroces, et ce, dans l’indifférence des nations.
Souvenez-vous que la neutralité est criminelle, car elle encourage, même sans le vouloir, la haine, la violence et le terrorisme. Cela fait 60 ans que la Shoah a eu lieu : Deux générations ont suffi pour que les gens oublient que les fours crématoires et les chambres à gaz ont été construits avec des paroles de haine.
Faire tomber ces morts dans l’oubli, ce serait donner raison à Hitler.
Une honte pour l’humanité ! Une tâche indélébile sur la conscience universelle ! Heureusement, il y a l’autre face :
L’ESPERANCE DANS L’HOMME Je voudrais citer une Juste, soeur Elizabeth SKOBTSOVA, religieuse dans un couvent de France, qui avait écrit avant d’être assassinée à Ravensbruck : « au jour du jugement, on ne me demandera pas combien de fois je me suis agenouillée devant l’autel, mais ce que j’ai fait pour aider les hommes ».
La question de soeur Elizabeth nous interpelle, nous bouscule, et nous remue au plus profond de nous-mêmes.
Aujourd’hui, nous pouvons répondre :
oui, il y a eu des êtres se conduisant comme des barbares, oui, des hommes se sont transformés en bêtes assoiffées de sang, oui, les pires calamités ont pu être commises sans que personne ne bouge, oui, des hommes ont fait montre de sadisme, de haine gratuite, de cruauté, de volonté de tuer pour tuer. Mais, dans le même temps, d’autres hommes ont relevé le défi de l’humain : des soldats n’ont pas hésité à donner leur sang pour que leur idéal ne périsse pas, des résistants ont démontré que leur courage était à la mesure de leur héroïsme. Parmi eux, 9 réseaux de résistance juifs ont participé à cette action de combat, en assistant les juifs persécutés, mais en contribuant aussi à la libération du territoire national aux côtés de leurs camarades des Forces françaises de l’intérieur. Pendant la dernière guerre, la communauté juive paya un lourd tribut à sa fidélité à la France et au judaïsme. Les uns périrent dans les camps de concentration, mais beaucoup aussi sur les champs de bataille.
Les juifs, par centaines de milliers ont combattu dans les unités alliées et dans les rangs des partisans. Ils ont lutté, côte à côte, avec leurs compagnons d’armes, opposant à l’entreprise d’avilissement et de mort des SS, leur dignité d’hommes libres, leur solidarité de résistants et leur fraternité d’hommes et de femmes de toutes confessions et origines.
Et dans le même temps il y a eu aussi des sauveteurs : des hommes et des femmes, parfaitement anonymes, qui se sont dressés et qui ont ouvert leurs bras aux juifs pourchassés, avec un courage inouï. Face à la cruauté et à la haine, ils opposaient la puissance de leurs convictions, la force de la fraternité et l’impératif de l’honneur.
Ouvriers, intellectuels, prêtres, savants, instituteurs, étudiants, scouts, employés, femmes de ménage, pauvres ou riches, ignorants ou instruits, de droite ou de gauche, ce sont les JUSTES, des français qui ont sauvé des juifs, le plus souvent possible, au péril de leur vie.
De ces hommes et de ces femmes, Jacques CHIRAC a dit : « ils sont l’honneur et la fierté de notre pays. Ils ont gravé, avec dignité et discrétion, l’une des pages les plus belles de l’histoire des hommes. Ils demeurent un exemple et je suis heureux que Yad Vashem perpétue leur mémoire à Jérusalem ».
Nous devons prendre conscience, en ce jour de prières que la haine aboutit à l’enfer. La haine de l’autre est comparable à la lave du volcan en éruption dont la fumée noire efface le monde de la lumière. La lave se propage irrésistiblement en larges coulées et ces vagues de feu détruisent tout sur leur passage. Rien ne subsistera. Dieu lui-même reste tétanisé devant l’ampleur du Mal absolu.
En nous réunissant pour honorer la mémoire des Français tombés au Champ d’Honneur, nous resserrons nos liens, au-delà de nos différences.
L’exemple des valeureux Combattants, des Résistants, des Déportés et des Justes nous impose de suivre un chemin, le seul viable, celui de toute conscience morale responsable de ses actes.
Oui, il est interdit d’enseigner et de propager la haine : c’est ce que nous crient les rescapés de l’enfer.
Seul le respect de l’autre peut provoquer le miracle de la paix pour tous les hommes de bonne volonté. |
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